Accueil > La presse > Le marchand de biens avait trop d’ennemis

Le marchand de biens avait trop d’ennemis

lundi 13 octobre 2014

Christophe Dalmasso, homme d’affaires cannois hyperactif, a disparu début septembre en plein centre de Nice. Un héritage en Corse, des relations en Russie, des concurrents revanchards… Les enquêteurs ne manquent pas de pistes
L’homme est aussi riche que discret. Sa fortune, il se l’est constituée grâce à sa florissante société de négoce en voitures, à Cagnes-sur-Mer, et de très jolis coups immobiliers, souvent âprement négociés devant les tribunaux. Mais aussi grâce à deux héritages dont l’un, énorme et contesté, lui vaut d’être propriétaire d’un gros patrimoine en Corse. Mais, revers de la médaille, Christophe Dalmasso, un Cannois de 34 ans, ne s’est pas fait que des amis. Loin de là. Et c’est de ce côté que cherchent les enquêteurs de la police judiciaire de Nice qui enquêtent sur sa récente disparition, aussi inquiétante que mystérieuse.

JPEG - 619.5 ko
L’article du Journal du Dimanche

Les policiers de la Crim’ saisis d’une commission rogatoire d’un juge de Grasse pour « recherche des causes de la disparition » - une disposition de la récente loi Perben qui leur donne autant de pouvoirs que pour un crime -, situent la disparition de l’homme d’affaires le 2 septembre au centre-ville de Nice. Bien que des témoins affirment l’avoir vu le 3, son portable et sa carte bancaire sont restés désespérément muets. Et puis, sa voiture, une BMW 530D flambant neuve, le seul signe extérieur de richesse qu’il affichait, a été incendiée, la nuit du 9 au 10 septembre, dans une zone artisanale et commerciale de Nice.
Qu’est-il arrivé à ce divorcé fou de travail, procédurier à l’extrême, n’hésitant pas à plaider lui-même devant les tribunaux pour remporter une affaire et toujours à la recherche d’un nouveau « coup » ? La thèse de la fuite volontaire est jugée peu vraisemblable. « Mon mari souffre d’un cancer, Christophe venait le voir tous les jours, c’est impossible qu’il soit parti comme ça », dit sa mère, une commerçante en fruits et légumes de Cannes à la retraite. Reste l’hypothèse criminelle. Mais qui ? « Nous avons autant de pistes qu’il avait d’affaires », reconnaît Raymond Doumas, le procureur de Grasse. Et des affaires de Christophe Dalmasso, les policiers en découvrent chaque jour. Jusqu’en Angleterre, où le jeune homme d’affaires avait monté des sociétés immobilières afin de profiter de la fiscalité avantageuse.
Christophe Dalmasso fourmillait de projets, mais celui qui lui tenait le plus à cœur, et dont il parlait plus volontiers que de ses affaires, c’était de fonder un foyer. Avec une femme vierge de préférence, car il était catholique traditionaliste. « C’était une véritable obsession », confie l’un de ses amis. Pour trouver la femme de sa vie, le marchand de biens n’hésitait pas à aller en Amérique du Sud, et surtout en Russie. Il avait une nette préférence pour les femmes slaves et s’autorisait de temps en temps une sortie dans un cabaret russe de Mougins.
Pour le reste, l’homme n’était pas mondain. Des amis fidèles, mais pas de pique-assiettes à régaler dans les boîtes ou les restaurants branchés de la Côte. Dalmasso, qui vivait dans un modeste studio d’une parente, était plus que discret. Secret, même. « Nous ne connaissions rien de ses affaires car il n’en parlait jamais », dit sa mère. Ainsi de ce mirifique héritage dont lui a fait bénéficier une centenaire niçoise d’origine corse : vingt et un hectares de terres à l’Île-Rousse, dont des îles, un immeuble à Bastia et un immeuble à Nice. De quoi alimenter la rancœur des parents de la centenaire, auxquels était en principe destinée cette fortune. Attaqué pour « abus de faiblesse », mis en examen, l’heureux héritier a finalement été relaxé, une décision confirmée en appel. Une procédure au civil pour faire annuler l’héritage est toujours en cours. Pour épaissir le mystère de la disparition de Christophe Dalmasso, un mystérieux incendie s’est déclaré, le 6 septembre, sur l’un des terrains de l’Île-Rousse. Un cabanon a brûlé avec plusieurs ares de maquis. Cause indéterminée, a conclu l’enquête de gendarmerie.
Pour l’heure, les policiers avouent n’avoir aucune piste précise parmi toutes celles qui s’offrent à eux. La « financière » a saisi son ordinateur afin de l’expertiser et les enquêteurs entendent ses proches, ses partenaires financiers, et recensent ses nombreux adversaires. Notamment ceux qui ont perdu contre lui en justice. Ce qui fait beaucoup d’ennemis potentiels.
Didier Chalumeau

Publié le dimanche 26 octobre 2003
par Didier Chalumeau