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Le mystère des disparus azuréens

mercredi 15 octobre 2014

Les familles n’ont jamais perdu l’espoir de connaître la vérité, même si celui de voir un jour réapparaître l’être cher s’amenuise au fur et à mesure que le temps passe
La Niçoise, Agnès Le Roux, la Cagnoise, Marie-Hélène Audoye, le Cannois, Christophe Dalmasso, mais aussi Valérie Benhaim, Patricia Lemaire, Linda Schwartz et Valérie Mathieu : des noms malheureusement célèbres et des familles, parmi d’autres, confrontées à l’insoutenable ignorance qui empêchent les proches de disparus de faire leur deuil. Un « enfer » que Victor Hugo définissait comme « l’absence éternelle ». À l’image du père de la petite Estelle, admirable de courage, ces familles azuréennes n’ont jamais perdu l’espoir de connaître la vérité, à défaut de conserver celui de voir réapparaître l’être cher.
Depuis des années, Renée le Roux et Annie Audoye, par exemple, remuent ciel et terre pour relancer les investigations, n’hésitant pas à enquêter elles-mêmes, à exploiter le moindre indice, voire à offrir une prime de 500.000 francs (plus de 76.000 €) comme l’ont fait les parents de Marie-Hélène Audoye par l’intermédiaire de notre journal en 1999. L’affaire le Roux, rouverte pour faits nouveaux a rebondi l’année dernière, mais la vérité, bien qu’apparemment cernée par la justice, est encore bien enfouie… Quant à l’enquête sur l’affaire Audoye, elle souffre des lacunes de l’enquête initiale. Les investigations conduites après la disparition de Christophe Dalmasso, sont trop récentes pour offrir le recul suffisant pour échafauder des hypothèses.
Sur un plan général, en France, les familles de disparus se sont regroupées en association [1] et se battent pour faire évoluer les lois sur les disparitions de majeurs. Jusqu’à l’année dernière, en effet, ceux-ci pas systématiquement recherchés au prétexte qu’une personne majeure est parfaitement libre de partir sans laisser de trace. Depuis près d’un an, une nouvelle disposition permet aux procureurs de saisir des juges pour « recherches des causes de la disparition », une procédure qui donne les mêmes possibilités aux enquêteurs que pour un crime.
Dans le département, cette nouvelle loi a été utilisée pour la première fois après la disparition de Christophe Dalmasso.
Didier Chalumeau.
Agnès Le Roux, le mystère Agnelet
Plus de trace de la jeune et belle héritière du Palais de la Méditerranée depuis la Toussaint 1977. Mais l’enquête sur sa disparition a rebondi il y a plus de trois ans. L’avocat Agnelet, rentré en France après un long exil au Panama a été mis en examen en 2000. 23 ans après les faits ! Des fouilles ont été entreprises dans une villa sur les hauteurs de Nice, cours Saleya et dans les caves de l’ancien cabinet de l’avocat. L’instruction est repartie et la vérité n’est peut-être plus très loin !

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L’article de Nice-Matin

C’est au cours du week-end de la Toussaint 1977 qu’Agnès Le Roux disparaît de son domicile niçois au volant de sa Range Rover blanche. Depuis, nulle trace, ni d’elle, ni de sa voiture. C’est une évidence, sa disparition est liée à la guerre des casinos de Nice qui a opposé le Ruhl de Jean-Dominique Fratoni au Palais de la Méditerranée de Renée Le Roux, sa mère.
Le premier ayant pris le contrôle du second malgré l’opposition de l’ancien mannequin de Balenciaga, reconvertie dans les jeux à la suite du décès de son mari, le banquier Henri Le Roux.
Fratoni aurait gagné grâce à Agnès. Celle-ci a trahi sa mère en votant contre elle, moyennant… 3 MF versés par Fratoni. Le pactole est placé dans une banque suisse et est d’ailleurs toujours sous séquestre.
D’abord sur un compte ouvert, conjointement, par Agnès et son amant et conseil, Jean-Maurice Agnelet. Puis transféré sur un autre compte où ne figure plus qu’Agnelet, mais où apparaît sa nouvelle maîtresse, Françoise Lausseure. Entretemps plus d’Agnès. L’avocat, radié du barreau de Nice, est condamné à 30 mois de prison dont 6 avec sursis pour abus de confiance et complicité d’achat de vote. Puis inculpé d’homicide volontaire et incarcéré en 1983, il bénéficie d’un non-lieu et le dossier est clos en 1986.
Incroyable rebondissement 17 ans plus tard le dossier est rouvert. Agnelet est de nouveau mis en examen pour « séquestration et homicide volontaire ». L’ex-avocat installé au Panama, doit remettre son passeport à la justice. En fait, un témoin capital, Françoise Lausseure, sa maîtresse qui lui avait fourni un alibi à l’époque s’est rétractée devant le juge. Contrairement à ce qu’elle avait toujours prétendu, celle-ci affirme désormais qu’Agnelet, à l’heure supposée du crime, ne se trouvait pas en sa compagnie à Genève. Retiré en Savoie, l’homme, aujourd’hui âgé de 64 ans nie en bloc. Il a même demandé un non-lieu, que la cour d’appel lui a refusé en février 2002. Sera-t-il renvoyé aux assises ? Les avocats de Renée le Roux l’espèrent.
Marie-Hélène Audoye : « la vérité est dans le dossier »
Cela fera 13 ans en mai que Marie-Hélène Audoye, de Cagnes, a disparu. « Bisous, à la semaine prochaine ». Un petit mot gentil à un client de Monaco le 21 mai 1991 en début d’après-midi. Et puis plus rien. On sait ensuite que cette très jolie brune aux yeux verts, visiteuse médicale, devait reprendre la route au volant de sa petite supercinq diesel blanche en direction des Hautes-Alpes pour voir d’autres clients. Mais elle n’a peut-être jamais emprunté cet itinéraire comme l’ont démontré plus tard les investigations des gendarmes qui n’ont jamais abdiqué.
Depuis ce 21 mai 1991, l’enquête, négligée au départ par la police, n’a jamais été abandonnée. Reprenant tout depuis le début, les militaires de la section de recherche de Marseille ont effectué un travail colossal qui leur a permis d’exclure plusieurs fausses pistes ainsi que la thèse de l’accident. Sur commission rogatoire d’un juge de Grasse, ils sont allés jusqu’à faire vider le lac du barrage de Castillon dans les Alpes-de-Haute-Provence !
Plusieurs éléments, et notamment des témoignages, tendent à démontrer que, partant de Monaco, Marie-Hélène est revenue à son domicile de Cagnes-sur-Mer. L’enquête s’est alors resserrée autour de son entourage immédiat. Depuis 16 mois, une rivale de l’époque, aujourd’hui installée à Marseille, est « témoin assisté » dans le dossier. Mais, le magistrat manque d’éléments pour la mettre en examen.
Un nom, retrouvé dans l’agenda de cette femme, intrigue la justice. Ce patronyme est celui d’un homme mis en examen pour l’exécution d’un contrat à Beausoleil et condamné pour un autre meurtre. Mais, ce n’est pour l’instant qu’une construction intellectuelle, car ce nom peut être aussi un prénom ou un code entre amants.
En tout cas, Annie Audoye, la mère de la disparue, conserve espoir de connaître la vérité. « Je veux savoir pour faire mon deuil, retrouver son corps pour l’enterrer correctement. Mais, vous savez, vous pouvez écrire que celui qui a fait ça se grandirait à se dénoncer, même maintenant, il n’est pas trop tard pour changer… »
Christophe Dalmasso : trop dur en affaires ?
Une grosse « BMW » retrouvée calcinée route de Grenoble avec les clés dans le coffre ; un compte en banque très bien garni, des projets à foison, une existence simple et quasi monacale, un héritage colossal en Corse, des affaires très florissantes, mais des ennemis. Beaucoup d’ennemis… jaloux ou sommés de payer leurs dettes par un homme intransigeant. L’un de ces éléments est sûrement la clé de l’énigme Christophe Dalmasso, l’homme d’affaires cannois disparu le 2 septembre dernier dans le secteur de Nice Étoile où son portable a émis pour la dernière fois. Le 9 septembre, sa voiture est retrouvée brûlée à Nice La Plaine. Divorcé il y a plusieurs années, père d’une grande fille qu’il avait reconnue, dépressif par moment à la suite de cette séparation mal vécue, celui qui était pour tout le monde un garagiste de Cagnes-sur-Mer était en réalité un véritable homme d’affaires, un « golden boy » sans les apparences. Mais pas un affairiste. Très féru de droit, il suivait des cours et passait tous ses actes devant notaire. Procédurier, il aimait « ferrailler » en justice, et non dénué d’un certain cynisme, il prenait même du plaisir à remporter ses procès.
Côté vie, ce petit brun, musclé, bosseur et grand voyageur - notamment en Russie -, vivait seul, très simplement dans le studio d’une parente au Suquet à Cannes.
À part ses affaires, Christophe Dalmasso avait une quête quasi obsessionnelle. Le Graal de ce catholique traditionaliste, c’était le grand amour, la rencontre d’une fille sérieuse pour fonder une famille. Il n’en aura probablement jamais l’opportunité tant l’espoir de le retrouver vivant est désormais infinitésimal…
D.C.

[1] L’Apev : http://apev.org

Publié le lundi 19 janvier 2004
par Didier Chalumeau