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Lucie Dalmasso : le grand oral d’une femme qui voulait devenir profiler

mercredi 15 octobre 2014

Assises des Alpes-Maritimes
Une petite moue boudeuse. Une petite voix plaintive ponctuée de quelques trémolos, un discours construit, clair et posé. À la barre de la cour d’assises des Alpes-Maritimes, hier, Lucie Dalmasso a parlé. Parlé pour dire sa souffrance d’avoir perdu un père qu’elle aimait. Prolixe pour évoquer son sentiment d’injustice d’avoir été accusée à tort du meurtre. Mais des éléments qui auraient pu mettre la justice sur la voie de la vérité, la fille adoptive de Christophe Dalmasso, l’homme d’affaires enlevé et exécuté en 2003, n’a rien dit. Ils espéraient la faire tomber, elle qui, mise en examen en 2005, bénéficiait d’un non-lieu en 2007, tandis que son petit ami Edno Borba da Silva, un Brésilien de 34 ans, était renvoyé seul dans le box des accusés.

Mais de la jeune femme de 27 ans, l’avocat général Mickaël Darras, les avocats de la partie civile Mes Rossi, Valiergue et Pelletier, ceux de la défense Mes Silvano, Soussi et Di Pinto, n’ont rien obtenu. Pas de coup de théâtre ni de révélation inédite. Sûre d’elle, Lucie a réussi son grand oral, réitérant ses déclarations faites aux enquêteurs et aux juges d’instruction. Un sans-faute.

« Borba est coupable »

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L’article de Nice-Matin

Elle avait succombé à Borba en juillet 2003 dans un moment de faiblesse. Elle l’avait cru quand il lui avait dit que son père avait fui au Brésil. Elle recevait même des appels sur son portable d’un Brésilien qui lui donnait de ses nouvelles. Elle n’a pas bu de champagne avec sa mère pour fêter cette disparition. Elle pense que « Borba est coupable mais qu’il n’a pas agi seul ». La plainte contre « papa », elle la regrette. Elle a honte et culpabilise, elle qui aurait tant aimé entretenir d’autres relations avec ce père qui, épousant sa mère, la légitimait par mariage. « Je ne voulais pas d’un papa tiroir-caisse » explique la petite métisse qui assure ne pas être intéressée par l’agent. Elle dit ignorer être l’héritière potentielle d’une fortune de 15 M€. Ne pas avoir su que « papa » comptait la déshériter et engager une procédure en désaveu de paternité. Ne pas y croire d’ailleurs. Pas vénale pour un sou, l’étudiante en psychologie qui rêvait d’être actrice puis profiler a demandé 490.000 € de dommages et intérêts à l’État pour les cinq mois passés à la maison d’arrêt de Nice.
Y compris pour préjudice physique, la jolie poupée à la silhouette de top-modèle ayant un peu forci en détention.

Le très attendu témoignage de Lucie Dalmasso, la fille adoptive de l’homme d’affaires disparu, n’a pas permis de « faire triompher la vérité ».

Dans le box, l’accusé se tait. Puis, n’y tenant plus, il se lève et prononce, dans un français approximatif : « Pfffff, théâtre ! » Puis s’adressant à elle, débite : « Vas-y ! Parle ! C’est moi qui suis ici. Cinq ans en prison. Dis-le que tu voulais trouver quelqu’un pour tuer ton père ! ».

Mais rien, ni pendant les cinq ans d’instruction, ni hier à la barre, n’aura fait chanceler Lucie. Qu’a-t-elle tu ? Que sait-elle ? Peut-être rien. À la fin de la journée, les espoirs s’effondrent et l’énigme du meurtre de Christophe Dalmasso demeure. Le procès se poursuit aujourd’hui.
Mathilde Tranoy
Publié le samedi 21 mars 2009
par Mathilde Tranoy