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Mystérieuse disparition de Christophe Dalmasso, victime de sa fulgurante réussite ?

lundi 13 octobre 2014

Héritier des Îles Rousses
Il était devenu le légataire universel de Mme Glaënzer, une centenaire propriétaire de 21 ha à l’Île-Rousse en Corse.

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L’article de Nice-Matin

À l’Île-Rousse, si la photo de Christophe Dalmasso ne parle à personne, son nom, en revanche, est loin d’être inconnu. Et pour cause, le jeune homme d’affaires cannois disparu depuis un mois, est le propriétaire de la presqu’île de la Pietra, qui a donné son nom à la cité.
Au total, 16 hectares de roche granitique, coiffés d’un phare et d’une tour datant du XVI° siècle, d’une grande beauté. Le legs comportait aussi un terrain vierge de 5 ha constructible, situé non loin de la mer, derrière l’emprise de la voie de chemin de fer. Au total, un patrimoine foncier de 21 ha, sur un territoire communal qui n’en comporte que 249.
Devenu propriétaire par héritage, Christophe Dalmasso est resté très discret, depuis la mort de Mme Glaënzer, survenue il y a une dizaine d’années, à l’âge de 102 ans.
Un héritage contesté
Contestée par les cousins de la défunte, la succession n’est pour l’heure pas définitivement réglée. Un administrateur de l’indivision aurait été désigné sur le continent. Aussi bien pour la commune de l’Île-Rousse, que pour la communauté de communes et le département de la Haute-Corse, intéressés par l’achat des terrains, l’interlocuteur officiel est resté Christophe Dalmasso.
Si les élus île-roussiens ne l’ont jamais rencontré, ils lui ont plusieurs fois écrit. Depuis quelques mois, toutes leurs correspondances sont restées lettre morte. Un silence empêchant l’avancement de certains dossiers.
Pour ce qui concerne la presqu’île de la Pietra, site classé et non constructible, la commune a engagé une procédure d’acquisition en 1998. L’objectif premier était d’y implanter un théâtre de plein air. Depuis, c’est le département de la Haute-Corse qui a décidé de s’en porter acquéreur et d’en rétrocéder la concession à la ville, qui envisage d’y implanter un site d’archéologie à ciel ouvert.
Le terrain de 5 ha constructible, au lieu-dit Fornole - sur les parcelles mitoyennes duquel un vaste programme immobilier est en cours de réalisation - a accueilli des années durant un mini-golf, qui ne fonctionne plus. Un incendie d’origine indéterminé y a été signalé le mois dernier (voir par ailleurs).
Si pour sa part la communauté de communes du bassin de vie de l’Île-Rousse s’y est intéressée, c’est pour construire - sans hypothéquer les possibilités de lotir des 4,5 ha restants - une usine intercommunale de traitement des eaux usées dont l’emprise totale n’excéderait pas 5.200 m².
Le terrain incendié le 6 septembre
Une partie du terrain de 5 hectares, situé au lieu-dit Fornole, en plein cœur de l’Île-Rousse, a été incendié le dimanche 6 septembre dernier. Le feu avait pris en début de soirée, dans une zone où l’on compte de nombreuses habitations. Peu d’informations ont filtré à l’époque sur les origines de ce sinistre, rapidement circonscrit.
Un abri en bois de l’ancien mini-golf, qui se trouvait sur ce terrain, a été détruit par les flammes.
Son ex-épouse décrit le chef d’entreprise cannois comme un être passionné, en quête d’absolu D’autres proches évoquent surtout son goût pour les affaires et craignent que le fait qu’il n’ait plus donné de signe de vie depuis le 2 septembre soit lié à sa « terrible intransigeance »
« Un être passionné, un caractère entier et droit, en quête d’absolu. » S’il fallait le définir d’une phrase, c’est ainsi que l’ancienne épouse de Christophe Dalmasso brosserait son portrait. Un Cannois de 34 ans disparu depuis le 2 septembre dernier, qu’elle espère en vie. Et à l’égard duquel « brille toujours en elle une étincelle », comme elle le dit si joliment.
Mariés en 1987, alors qu’il n’avait que dix-huit ans et elle vingt-six, Christophe et Élisabeth se séparèrent dix ans plus tard.
« Un homme romantique »
D’une pudeur qui l’honore, son ex-femme ne veut retenir que le bon côté de « l’homme romantique et très croyant, du parfait gentleman » qui, pour se faire pardonner d’une parole de trop, lui offrit un jour « cent cinquante roses blanches, symbole du rosaire » ! Touchée à vie par la façon dont il lui expliqua son choix lorsqu’il décida de reconnaître sa fille : « Le père, c’est celui qui aime… » La petite avait cinq ans, et elle l’adorait !
D’autres membres de l’entourage de Christophe, à commencer par sa propre mère, confessent que cette femme aimante ne l’aurait jamais quitté s’il ne l’avait par trop négligée pour « les affaires ». Au point de la laisser partir seule en vacances.
« Nous partagions la même foi, l’amour des voitures et de la mer ; nous allions quelquefois au cinéma voir de préférence des films romantiques, mais jamais en discothèque », ajoute l’intéressée, à qui une voix intérieure laisse penser que Christophe Dalmasso est parti se réfugier sur une île, du côté du Brésil ou de l’Argentine, pays qu’il affectionnait tant.
15 millions d’euros
« Peut-être était-il malade et a-t-il préféré se mettre à l’écart, pour ne pas faire souffrir les siens ? »… Même dans l’hypothèse d’une séquestration crapuleuse, Élisabeth reste persuadée qu’il s’en sortira. « Il a une telle volonté, il peut tenir longtemps. C’est une personnalité complexe, mais très intéressante. Un garçon doué d’une intelligence supérieure, ce qui l’a probablement très vite poussé à s’intéresser aux affaires et au domaine juridique plutôt qu’à la mécanique. »
En dehors d’une brève entrevue à la fin du mois d’août, Élisabeth avait perdu tout contact avec Christophe Dalmasso depuis environ trois ans. L’intervalle dans lequel la vie du chef d’entreprise cannois a apparemment basculé. « Alors qu’avant il en faisait presque trop au niveau de la religion, nous obligeant à partager sa prière avant chaque repas, il a soudain radicalement changé. Il sortait davantage, fréquentait un cabaret russe et semblait apprécier le charme des filles Slaves », raconte une de ses plus vieilles connaissances. « Dès l’âge de 18 ans, il avait économisé au fil de ses petits boulots quelque 250.000 francs. Plus ça allait, plus il pensait à l’argent et aux affaires, dans lesquelles il se montrait d’une intransigeance terrifiante. Cet été, il m’avait même avoué avec fierté peser désormais 15 millions d’euros ! »
Un premier héritage, très jeune, puis celui d’une femme richissime, qui avant de mourir à un âge avancé en fit son légataire universel pour remercier le couple de l’avoir choyée (c’était en fait son ex-épouse qui, jouant les dames de compagnie, la lui avait présentée), ont contribué à la colossale fortune de ce garçon qui devenait au fil des mois de plus en plus secret et mystérieux.
Vivant de temps en temps à Cannes dans un petit logement du quartier Stanislas, près du Suquet, mais laissant transparaître un train de vie inversement proportionnel à l’argent qu’il ne cessait d’amasser, comme jadis les bons points à l’école, où ses maîtres et professeurs voyaient déjà quelqu’un de très doué.
« Ses très rares loisirs, c’était de nager et pratiquer le ski nautique : il possédait d’ailleurs un petit bateau, avec un ami », confie un proche. Avec sa BMW 530d que son propre frère a découverte entièrement calcinée, dans le quartier de Nice-la-Plaine le 9 septembre dernier, cette embarcation était sans doute son seul signe extérieur de richesse.
La piste des « affaires »
Que faisait-il de son argent ? Tout le monde semble l’ignorer. « Christophe ne laissait rien au hasard et était prêt à entamer d’âpres procédures contre tous les créanciers qui ne respectaient pas leurs engagements. Je lui avais conseillé d’être moins dur, en lui disant qu’un jour il tomberait sur un os. Je crains bien que ce soit arrivé », avoue une autre de ses relations.
Pour les enquêteurs de la brigade criminelle de la PJ de Nice, ce ne sont pas les pistes qui manquent. Si l’on excepte le garage Auto-Cagnes, niché au bas de la pénétrante Cagnes-Vence et spécialisé dans les voitures d’occasion, elles peuvent mener presque partout. De l’immeuble qu’il possédait avenue du Maréchal-Foch, à Nice, et dont un appartement avait été étrangement incendié (par vengeance ?) le 7 mars dernier, aux biens dont il avait hérité en Corse, autour notamment de l’Île-Rousse et du terrain en bord de mer où se trouvait un mini-golf qui est curieusement parti lui aussi en fumée le 6 septembre dernier… Quatre jours après la disparition de Christophe Dalmasso et deux jours avant que sa BMW ne brûle !
Enquête de Michel Barelli.

Publié le samedi 4 octobre 2003
par Michel Barelli